lombre.jpgEn ouverture de la rétrospective « Troubles et subversions dans le cinéma européen », ce film de Jean-Pierre Mocky, cinéaste anar dans la production française commerciale depuis plus de trente ans, donne le ton d’un cinéma décoincé et irrévérencieux.

En pleine époque Pompidolienne (on est en ’73), bourgeoise et conservatrice, « L’ombre d’une chance » fait tache avec son esprit trivial et libertaire. Jamais diffusé en télé, le film a fait scandale pour un plan très bref, subliminal (une quinzaine d’images), d’une scène de pénétration. Dans ce film, on grogne, on gueule, on se déshabille pour un rien, on ne travaille pas, de gros chiens traînent partout (hum, hum), simplement prend-on du plaisir à laisser vivre les joies du sexe et du nu dans des décors rococo où la vie réelle, celle bien terre à terre, est rejetée (« on vit dans le siècle de l’ennui »). Dans le rôle principal, il y a Mathias (Jean-Pierre Mocky), 40 ans, brocanteur dragueur glandeur vivant avec une jolie blonde, locataire d’une vieille baraque bourgeoise où son fils de… 26 ans, étudiant sérieux, vient trouver refuge à l’improviste avec sa fiancée, blonde et pas mal de sa personne elle aussi. Déjà que le père fait plus jeune que le fils dans le tempérament, le fait que la copine de son fils va se mettre à le séduire ne va pas ramener le calme dans les rapports filiaux. « L’ombre d’un doute » prend une tournure plus désenchantée dans sa seconde partie, laissant place aux scènes sensibles et à la noirceur derrière la gaudriole de façade du début. Tout est finalement moins axé sur le sexe que sur les relations (conflictuelles) entre un père et son fils, voire surtout sur le parcours de cet homme rattrapé par la liberté de faire ce qui lui plaît avec les femmes qu’il veut. La vie n’est décidément pas si simple.

N.B.

Diffusion samedi 14/02 à 20h, Plaza Art, salle 2